Histoire d’un collage grand format, sur commande : V.I.N.T.A.G.E., Petit Inventaire Nostalgique

« Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des rencontres » (Paul Eluard)

V.I.N.T.A.G.E. in situ - L'art du collage- Marielle Hary, collagiste - Ateliers de collage dans les Vosges -Vente d'œuvres en collage

Le projet « V.I.N.T.A.G.E., Petit Inventaire Nostalgique » est une création sur mesure.

Il s’agit d’un quadriptyque composé de deux panneaux rectangulaires mesurant 100 x 70 cm et de deux panneaux carrés mesurant 70 x 70 cm qui forment, réunis, un ensemble de dimensions 200 x 140 cm.

Chaque panneau est encadré individuellement dans un cadre en aluminium noir, avec un passe-partout blanc-cassé.

Ce collage est le fruit d’une rencontre et de nombreux échanges.

En mai 2025, tandis que j’expose trois collages à L’octroi, à Nancy, lors de la magnifique exposition Art’Stom, organisée par Les Artistes Lorrains, un couple nancéien passe un certain temps à regarder mon travail.

Une semaine plus tard, je reçois un message suggérant une prochaine rencontre afin d’envisager un projet. Ce message, énigmatique, pique ma curiosité. Le rendez-vous est pris.

V. Et V. sont, depuis dix ans, à la recherche d’une œuvre pour habiller le mur principal de leur salle de séjour. Ils aiment mon style et ma technique et souhaitent me commander une œuvre sur mesure, de grand format.

Notre premier échange me permet de déchiffrer les grandes lignes de leur projet. Ils me disent qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils aiment. Mentalement, je prends des notes. 

Le projet est d’envergure, pour moi qui réalise usuellement des formats de taille raisonnée. V. Et V. envisagent  un œuvre de 2 mètres sur 1,5 mètre. C’est un sacré défi !

Je passe la semaine suivante à réfléchir, à ébaucher une thématique. Ils ont évoqué les années 60 et 70, cela me parle aussi – et je sais que je trouverai du matériel pour alimenter le projet.

De leur côté, ils réfléchissent aux dimensions idéales, font une projection à l’aide de carton-plume, revoient le projet. Nous arrêtons les dimensions : 170 x 140 cm.

Nous échangeons régulièrement par messages, je les questionne, ils m’aiguillent.

Dans mon atelier, je sélectionne les images, les papiers pour les fonds. Je découpe, j’agence, je compose, je démonte tout et recommence, une fois, dix fois, vingt fois, jusqu’à être satisfaite. 

Lorsque le premier panneau est achevé, je l’encadre et me rends chez eux pour le leur soumettre. En pénétrant dans leur univers – contemporain, aux murs blancs, émaillé de pièces d’art, de touches de couleurs, d’éléments insolites – je comprends qu’ils sont amateurs d’art et je devine que j’ai visé juste, que j’ai pris la bonne direction, les bonnes décisions. 

Jusqu’au bout, je leur cache le tableau. Je le déballe à l’envers, puis je m’efface pour qu’ils le voient. Ses yeux à elle pétillent immédiatement. Lui ne dit mot et je retiens mon souffle. Jusqu’à ce qu’il sourie et me fasse comprendre que le charme opère. Je respire à nouveau. Nous parlons de la suite.

Ce travail m’a occupée pendant six mois, ponctués de pauses, de moments de réflexion mais aussi de doute, d’incertitude, de découragement. Comment savoir ? C’est difficile de réaliser un travail à la fois sur commande et à l’aveugle, sans bien connaître les destinataires.

Avant décembre, nous vous voyons encore et le projet est validé.

Nous prenons rendez-vous pour début décembre pour la livraison. 

Le jour-J, j’arrive à leur domicile, leur envoie un message. Ils m’appellent, nous nous sommes mal compris, ils sont devant chez moi. Ils pleut fort ce jour-là et je suis tendue. J’attends près de chez eux qu’ils refassent la route en sens inverse.

J’ai le temps de me remémorer les mois écoulés, les balbutiements du début, les tâtonnements perpétuels, les images que j’ai choisies, celles auxquelles j’ai renoncé,  ces fonds difficiles à créer,  tout ce temps passé à élaborer la composition de chaque panneau, à insérer des clins d’œil, des répétitions, des rappels.

Six mois à douter, à avancer contre ces voix qui me soufflaient des idées contradictoires. La seule pensée qui me tirait vers le haut était que ce genre d’aventure se produit rarement. N’est-ce pas le rêve de tout artiste que se voir confier une commande, qui plus est d’envergure ? Je me disais que c’était mon épreuve du feu et cela me donnait des ailes, la force de persévérer, l’envie de me dépasser, de ne pas renoncer.

Alors, quand ils sont arrivés, en ce début décembre, quand les 4 panneaux ont été déballés, un à un, puis essayés à leur emplacement (les uns tenaient les cadres à bout de bras, les autres regardaient l’effet produit), quand nous avons trouvé un compromis concernant l’écart à respecter entre deux cadres, la hauteur, le centrage ou non… nous étions tous contents, je crois. Oui, j’en suis sûre, même.

J’y suis retournée fin décembre, pour voir le quadriptyque fixé au mur. Je devine que V. a dû passer des heures, armé de son mètre-laser, pour percer les trous exactement au bon endroit, respecter les distances, les écarts.

On aurait dit que c’était une évidence, cette œuvre colorée, survitaminée, sur ce mur blanc, frappé par la lumière entrant par la baie vitrée, au milieu du mobilier contemporain. On aurait dit qu’il était fait pour être placé en ce lieu et en nul autre.

C’est ainsi qu’un rêve à pris corps. C’est ainsi qu’une amitié se crée, autour d’une œuvre unique et sur mesure. Une rencontre fortuite, une étincelle qui jaillit, un projet qui réunit. Mais le hasard, selon Paul Eluard, n’existe pas. « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres ». Je le crois bien volontiers.